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A la recherche du Liban perdu de Nahida Nakad : la recherche du Liban perdure…

Liban perdu, identité perdue, pays perdu?

C'est le récit d'une jeunesse trouble et difficile, de la vie de celle qui, plus tard, deviendra une journaliste sillonant le monde au gré des conflits.

Tout commence avec la guerre. Bizarrement en Orient tout commence toujours avec la guerre. On dirait un acte fondateur trans-générationnel....la mise en place de l'espace du récit se base d'abord sur la présentation d'un havre de paix cosmopolite, un melting-pot communautaire où grandissent ensemble la narratrice et ses amis de confessions différentes. On y rencontre les Mteini chrétiens, les Nakad druzes, les Mokaddem musulmans. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes qu'est le quartier de la Galerie Semaan, jadis quartier aisé de Beyrouth, au carrefour de ce qui, plus tard, sera le parangon des lignes de démarcation, la fameuse « Ligne Verte ». Tout va bien donc, jusqu'à ce que se déclenchent les années funestes, ou plus communément la Guerre Civile dont la plupart des Libanais vont peiner à faire le deuil.

C'est là donc que débute l'histoire que nous relate Nahida Nakad, entre récit autobiographique et document historique, une chronique des dernières decennies libanaises.

A première vue nous sommes face à un récit sur la jeunesse de la narratrice, sa vie, etc. Mais, rapidement, le texte se transforme en une revue historique des évènements, clairsemée de détails intimes de la vie de l'auteure (et l’on pourrait soupçonner facilement une tentative, une entreprise pour catharsis-er  le trauma de la guerre, la séparation forcée, et le deuil raté).

Déjà, à la page 19, le ton est donné. Le Liban qu'elle nous décrit est celui des brochures d'agences de voyage, un paradis touristique où il fait bon passer ses vacances et dépenser son argent. Les touristes du Golf sont eux-mêmes des clichés tenaces (Djellabah blanches, femmes voilées, beaucoup d'enfants). On dirait un Liban qui n’existe qu’à travers son affiche publicitaire, ou peut-être devrait-on voire dans cette description loukoum un souhait de faciliter l’appréhension d'un pays par un public (lecteur) tiers attiré par l'exotisme de l'Orient rêvé? Toujours est-il que cette image d'une Suisse Orientale ne va pas durer, La guerre civile est imminente et le monde tel que la narratrice et ses amis le connaissent va bientôt voler en éclats.

Cette période noire, Nahida Nakad, nous la décrit de loin, rétrospectivement, car, dès le début des hostilités, sa famille est acculée à quitter  pour l'Italie où son père est directeur de la compagnie aérienne libanaise à Rome. C'est alors qu'émerge pour la première fois un sentiment de culpabilité : "cette honte me poursuit encore aujourd'hui" (p. 23)
Commence donc le récit de l'exil forcé de la jeune Libanaise qui, crise d'adolescence aidant, se défoule sur ses parents, sa mère en particulier, métaphore peut-être de la situation Libanaise où la jeunesse se bat pour se venger d'une quelconque faute commise par la mère/patrie ?

De retour au récit, celui-ci évolue au gré des soubresauts mnésiques de la narratrice. Elle l'entrecoupe de témoignages et séquences historiques avec, omniprésent, ce sentiment d'avoir laissé mourir les siens tandis qu'elle vivait loin et en sécurité. (p.22-23, p.248, p.215. Ailleurs elle dit, " je suis enceinte, je me protège"..., broyée constamment par ce mea-culpa pour des actes qu'elle suppose lâches. Y décèle-t-on la « culpabilité du survivant », tel un Bruno Bettelheim qui s'est suicidé après avoir survécu à l'enfer des camps de concentration ? Une façon paradoxale d’échapper à la Géhenne de la culpabilité vis-à-vis de ses concitoyens délaissés? Est-ce une façon de s'excuser, de se racheter à travers le dévoilement de faits par une approche sincère? Et quid de cette entreprise de superposer au drame personnel le drame d'une Nation qui brûle… (Au-delà bien sûr de l’astuce littéraire d’une surenchère de l’effet pathos dans le texte)!

Plusieurs rapprochements intriguent dans certains passages. Comme le récit à la page 185-186 sur la situation à Sarajevo pendant la guerre Yougoslave? On dirait du montage parallèle. Est-ce une façon de globaliser l'idée de la barbarie universelle de la guerre (civile en particulier) surtout que les deux conflits se ressemblent étrangement : on parle de balkanisation puis de libanisation des conflits dans les annales politiques et historiques. Sommes-nous dès lors devant des circonstances atténuantes, une plaidoirie en faveur de l’auteure qui a eu in fine sa part de guerre et de dangers (certes en dehors de la mère patrie)? Ceci reste une pure supputation, mais encore une donne qui conforte inévitablement son travail personnel de déculpabilisation.

Toujours est-il que le récit avance, palpitant tantôt de scènes d'héroïsme journalistique sous les obus, et tantôt fliretant avec la tristesse, avec la mort toujours omniprésente et qui fait partie intégrante de la diégèse libanaise. Au gré des pages, l'on découvre que le Liban pour Nahida Nakad est un concept, une idée, un rêve presque, dans la pure lignée des journalistes martyrs qu'elle cite en passant. Mais c'est surtout un concept qui s'étiole, qui disparait et qu'elle ne peut plus vraiment concevoir puisque dans son épilogue/conclusion elle parle - du signifiant - son fils, et de l'impossibilité de lui léguer la nationalité libanaise parce que… son père ne l'a pas. Elle réfute presque cette identité qui "fut sienne" comme pour stigmatiser ce mal qui atteint une triste majorité de Libanais vivant à l'étranger, ce mal qui fut théorisé par Sélim Abou dans son essai sur « l’identité culturelle »… que l'on comprend enfin que la recherche de ce Liban est en soi, pour Nahida Nakad – nonobstant la dimension nostalgique - une cause…mais une entreprise douteuse quant aux fins, quant au Happy-end…puisque ce chercheur, l'homme ou la femme en quête, n'y croit peut-être plus. D’où la nécessité de créer une histoire nouvelle qui purge les traumatismes de l'histoire ancienne et donne, grâce à l'invention d'un (nouveau) roman familial, une chance d'avancer. Mais ici ce n'est pas l'enfant « trouvé » qui cherche ses origines mais l'enfant « bâtard » qui les renie ou du moins en renie une partie pour pouvoir survivre et continuer, pour pouvoir évoluer en se débarassant des tares d’un passé traumatique. (cf. Marthes Robert).

Faut-il alors blamer cette femme qui s'efforce d'avancer en trainant derrière elle un bagage culturel lourd, mais très riche et tissé de beauté rare? Ou faut-il plutôt y voir une entreprise de catharsis et essayer de comprendre ses raisons et ses motivations?

L’important en fin de compte - si libération (aboutie) il y a - c'est de ne pas oublier, au contraire, mais d'assumer cet état qu’est le notre, nous Libanais, et de tenter, contre vents et marées de rechercher cette verité qui n'existe qu'en nous. Encore faut-il trouver le courage et la force afin de regarder son (notre) passé dans les yeux et de se dire que l'on n'a jamais été parfaits et que le sang souille les (nos) mains qui que l'on soit...